Le Moyen-Orient avance dangereusement vers une ligne de fracture dont nul ne souhaite officiellement le franchissement, mais que chacun semble désormais anticiper.
D’un côté, le tandem stratégique formé par Washington et Tel-Aviv.
De l’autre, un axe structuré autour de l’Iran et de ses relais régionaux, du Liban au Yémen, en passant par l’Irak.
Nous ne sommes pas encore face à une guerre ouverte.
Mais nous ne sommes plus non plus dans une simple logique de tensions.
Ce qui se dessine aujourd’hui ressemble de plus en plus à une guerre régionale contenue : une confrontation indirecte, calibrée, pensée pour frapper sans embraser totalement.
Une rupture majeure : le refus du monde sunnite d’être entraîné
Le fait politique le plus révélateur n’est pas tant l’activisme des acteurs engagés que la prudence de ceux qui refusent de l’être.
Des puissances centrales comme :
• la Turquie
• l’Arabie saoudite
• le Pakistan
• l’Égypte
ne souhaitent ni participer à une confrontation contre Téhéran, ni servir de plateforme logistique à une campagne militaire.
Le refus d’ouvrir leurs espaces aériens à des opérations contre l’Iran n’est pas un détail technique.
C’est un signal stratégique.
- Celui d’un rejet d’une guerre régionale totale
- Celui d’une volonté de ne pas transformer un affrontement ciblé en choc civilisationnel
- Celui, surtout, d’une autonomie croissante vis-à-vis des logiques d’alignement
La fin des blocs automatiques
Pendant des décennies, une confrontation impliquant l’Iran aurait mécaniquement entraîné l’adhésion des grandes capitales sunnites au camp occidental.
Ce réflexe n’existe plus.
Aujourd’hui, Riyad dialogue avec Téhéran.
Ankara poursuit ses propres équilibres.
Le Caire privilégie la stabilité.
Islamabad refuse toute implication.
Le Moyen-Orient ne fonctionne plus en blocs idéologiques figés, mais en calculs d’intérêts.
Une guerre limitée… mais aux conséquences illimitées
Le danger réside précisément dans cette illusion de contrôle.
Une guerre indirecte, via milices, frappes ciblées, drones ou cyber-opérations, est souvent perçue comme maîtrisable.
L’histoire régionale prouve le contraire.
Chaque escalade locale contient le potentiel :
• d’un embrasement maritime
• d’une crise énergétique mondiale
• d’un élargissement incontrôlé des fronts
Le paradoxe stratégique
Personne ne veut la guerre totale.
Mais chacun renforce ses positions comme si elle devenait possible.
C’est dans ce paradoxe que naissent les conflits majeurs.
Le Moyen-Orient entre ainsi dans une phase nouvelle :
celle d’un affrontement latent, structuré, mais politiquement nié.
Une guerre que personne ne déclare.
Une guerre que tout le monde prépare.
