Un an après le départ des 1 000 soldats français du Tchad en janvier 2025, un mouvement de rapprochement s’opère entre Paris et N’Djamena. La rencontre du 29 janvier 2026 entre le président français Emmanuel Macron et le chef de l’État tchadien Mahamat Idriss Déby marque un moment charnière dans une relation que beaucoup pensaient durablement fragilisée.
Derrière la sobriété du discours officiel se dessine en réalité une volonté commune de reconstruire un partenariat stratégique, dans un environnement régional devenu plus instable que jamais.
La rupture de 2024 avait été brutale. Elle avait surpris jusque dans les cercles diplomatiques les plus avertis. Les tensions politiques s’étaient accumulées entre les deux capitales, alimentées par une enquête financière ouverte en France visant Mahamat Idriss Déby, mais aussi par un climat de méfiance croissant autour du rôle de Paris au Sahel. L’annonce de la fin des accords de défense, intervenue peu après la visite à N’Djamena du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, avait acté une prise de distance historique entre la France et le Tchad.
Le retrait des troupes françaises en janvier 2025 avait alors symbolisé la fin d’un cycle vieux de plusieurs décennies.
Mais la réalité géopolitique a rapidement rattrapé les postures politiques.
Aujourd’hui, la guerre au Soudan bouleverse les équilibres régionaux et fait peser des risques directs sur la stabilité du Tchad. Les flux de réfugiés, les menaces transfrontalières et la volatilité des groupes armés obligent N’Djamena à repenser ses partenariats sécuritaires.
Dans ce contexte, le retour d’un dialogue avec Paris apparaît moins comme un revirement que comme un choix de pragmatisme.
Les discussions en cours ne portent pas sur un redéploiement militaire massif. L’époque des bases visibles et des dispositifs lourds semble révolue. Ce qui se dessine plutôt, c’est une coopération plus discrète, centrée sur le renseignement, la formation et l’appui technique aux forces tchadiennes.
L’hypothèse d’un retour limité de militaires français existe, mais elle reste à l’état de discussions préliminaires et s’inscrirait dans un cadre beaucoup plus sobre que par le passé.
Parallèlement, Paris mise désormais sur une approche élargie du partenariat. Les échanges portent aussi sur des projets économiques et sociaux destinés à stabiliser le pays en profondeur, au-delà du seul prisme sécuritaire.
Pour le Tchad, il s’agit de diversifier ses alliances sans rompre avec ses partenaires traditionnels. Pour la France, l’objectif est de maintenir une capacité d’influence dans une région où les équilibres se redessinent rapidement.
Ce rapprochement ne signe pas un retour au statu quo ante.
Il traduit plutôt l’émergence d’une relation nouvelle, plus prudente, plus transactionnelle et dictée par les impératifs de sécurité régionale.
Après la rupture, place désormais au réalisme.
