Comprendre la réalité, c’est voir les structures invisibles, les causes profondes, les lois silencieuses qui gouvernent les événements. C’est habiter le réel sans se mentir. Mais le réel n’agit jamais seul. Il passe toujours par le regard des hommes.
Or ce regard est malléable.
Celui qui façonne la perception ne change pas les faits ; il change leur signification. Il ne transforme pas le monde ; il transforme la manière dont le monde est ressenti. Et dans l’ordre humain, le ressenti précède souvent le jugement.
Ainsi, la vérité nue peut être impuissante face au récit bien construit.
Mais la manipulation de la perception est fragile : elle vit dans l’instant. La réalité, elle, travaille en profondeur. Elle attend. Elle finit toujours par réclamer son dû.
La véritable sagesse ne consiste donc ni à se réfugier dans une lucidité stérile, ni à dominer par l’illusion, mais à comprendre que toute action humaine se déploie entre ces deux pôles : le réel et son interprétation.
Celui qui ignore la perception parle seul.
Celui qui ignore la réalité construit sur le vide.
Celui qui comprend leur tension touche au pouvoir véritable.
Aboubakr KA
