Screenshot
Plus de 237 navires marchands, dont des transporteurs automobiles et pétroliers, se trouvent actuellement « bloqués » dans le détroit d’Ormuz, selon les données radar. La paralysie du passage, long de 150 km et large de 33 km à son point le plus étroit, a forcé certains armateurs à contourner l’Afrique via le cap de Bonne-Espérance, allongeant la distance Asie–Europe de 3 500 milles nautiques et ajoutant 7 à 10 jours de transit supplémentaires.
Le détroit d’Ormuz concentre 20 % des flux mondiaux de pétrole brut et 30 % des expéditions maritimes de gaz naturel liquéfié. L’Arabie saoudite, l’Irak et les Émirats arabes unis exportent 80 à 90 % de leurs hydrocarbures et minéraux par cette voie stratégique. Six des dix plus grands armateurs mondiaux, dont Maersk et Mediterranean Shipping Company, ont émis des avis d’urgence, suspendant certaines rotations pour raisons de sécurité.
Les répercussions financières sont immédiates. Pour une voiture familiale exportée de Chine vers l’Europe, le coût du fret passe de 1 500 à plus de 3 000 dollars. Le temps de transit, auparavant de 25 à 35 jours, pourrait atteindre 50 à 70 jours, mettant en péril certaines livraisons à délais stricts. Le surcoût pour un grand pétrolier est estimé entre 1,26 et 1,8 million de dollars par rotation. Le fret d’un conteneur de 40 pieds Shanghai–Hambourg pourrait dépasser 8 000 dollars, soit une hausse de 120 % en un mois.
L’impact s’étend aux marchés de l’énergie. En 2024, 20 millions de barils de pétrole ont transité quotidiennement par Ormuz, représentant 20 % de la consommation mondiale. Le 1er mars, le Brent a bondi de 13 % à 82 dollars le baril, portant la hausse annuelle à 17 %. Les contrats à terme américains ont chuté : S&P 500 (-1,1 %), Nasdaq 100 (-1,2 %), Dow Jones (-500 points), tandis que l’or atteignait 5 350 dollars et le dollar progressait de 0,3 %, signalant un mouvement vers les valeurs refuges.
La chaîne d’approvisionnement automobile est également touchée. Le minerai de zinc et la célestite, essentiels pour les carrosseries et les moteurs à aimants permanents des véhicules électriques, transitent par ce passage. Les primes d’assurance maritime ont augmenté de 50 % dans les zones à risque, aggravant les coûts logistiques tout au long de la chaîne, des matières premières aux véhicules finis.
Pour faire face à cette crise, certaines compagnies misent sur le transport ferroviaire via le China-Europe Railway Express, des solutions intermodales rail–mer et la diversification vers des marchés moins dépendants du Moyen-Orient. Cette situation souligne la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales et la nécessité de renforcer la résilience logistique.
