Six mois après l’arrestation à Bamako d’un agent de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les autorités maliennes maintiennent une ligne inflexible : aucune négociation ne sera engagée avec Paris.
Cette position, révélée par Jeune Afrique, dépasse le simple cadre judiciaire. Elle s’inscrit dans une reconfiguration stratégique des rapports de force entre États africains et anciennes puissances partenaires sécuritaires.
Souveraineté contre ingérence
Officiellement, Bamako accuse cet agent d’activités attentatoires à la sûreté de l’État. Mais dans les cercles diplomatiques régionaux, l’affaire est interprétée comme un test de souveraineté assumé par le régime du colonel Assimi Goïta.
En refusant toute logique de négociation, qu’il s’agisse d’échanges, de médiation ou de contreparties — le Mali envoie un signal clair :
La sécurité nationale n’est plus un espace de compromis avec les partenaires occidentaux.
Les pratiques d’influence clandestine sont désormais traitées comme des menaces stratégiques.
Cette posture marque une rupture avec les précédents schémas de coopération sécuritaire qui prévalaient durant l’ère des opérations françaises au Sahel.
Une crise qui redéfinit les rapports de puissance
Depuis le retrait militaire français du Mali en 2022, la relation entre Bamako et Paris est entrée dans une phase de confrontation larvée.
L’arrestation d’un officier de renseignement français constitue un précédent majeur dans l’histoire contemporaine des relations franco-africaines :
• Elle traduit une volonté de rééquilibrage des rapports de dépendance sécuritaire
• Elle confirme la montée d’un discours étatique axé sur la souveraineté stratégique
• Elle illustre la fin progressive de l’asymétrie diplomatique héritée de la lutte antiterroriste conjointe
Pour Bamako, céder aujourd’hui reviendrait à reconnaître une forme de tutelle sécuritaire implicite.
Le Sahel comme nouveau théâtre de rivalités
Au-delà du tête-à-tête Mali–France, l’affaire intervient dans un contexte de recomposition des alliances au Sahel.
L’émergence de nouveaux partenaires militaires et politiques, notamment non occidentaux, offre aux autorités maliennes une marge de manœuvre inédite.
Refuser la négociation devient ainsi :
- un acte de politique intérieure
- un message régional
- un positionnement dans le nouvel échiquier multipolaire
Cette stratégie pourrait inspirer d’autres États sahéliens confrontés à des enjeux similaires de souveraineté et d’influence étrangère.
Vers une normalisation des tensions ?
Pour l’heure, aucune médiation africaine ou internationale n’a permis d’ouvrir un canal de discussion.
Paris réclame toujours la libération de son ressortissant.
Bamako, lui, renvoie à la procédure judiciaire.
Dans un contexte de fragmentation géopolitique du Sahel, cette affaire pourrait bien devenir un symbole durable de la redéfinition des relations entre puissances africaines émergentes et partenaires occidentaux.
