La disparition du réseau Wagner n’a pas marqué la fin de l’influence russe en Afrique. Selon une enquête de Forbidden Stories fondée sur des documents authentifiés par The Continent, Moscou aurait repris et restructuré les circuits d’influence bâtis par Evgueni Prigojine. Désormais moins visible mais plus politique, cette stratégie viserait à peser sur les équilibres internes de plusieurs États africains et à inscrire durablement le continent au cœur des rivalités géopolitiques mondiales.

Une présence moins visible… mais plus profonde
L’enquête publiée par Forbidden Stories dans sa série Propaganda Machine révèle une réalité qui change la lecture du jeu géopolitique en Afrique.
Contrairement aux apparences, la disparition d’Evgueni Prigojine n’a pas marqué la fin des réseaux d’influence russes sur le continent.
Elle a marqué leur transformation.
Selon des documents authentifiés par le média panafricain The Continent, ces réseaux ont été repris, restructurés et intégrés dans une stratégie d’influence désormais pilotée à un niveau plus étatique.
Moins de mercenaires.
Plus de politique.
Le Sahel : du soutien militaire à l’influence politique
Dans le Mali, le Niger et le Burkina Faso, la présence russe ne viserait plus seulement à soutenir des régimes confrontés à l’insécurité.
Les documents évoquent désormais :
• la structuration de discours souverainistes
• la promotion de récits anti-occidentaux
• la mobilisation de mouvements civiques
• la consolidation de nouvelles alliances régionales
L’objectif semble clair : transformer une coopération sécuritaire en influence politique durable.
Le terrain militaire devient un point d’entrée vers le terrain idéologique.
Sortir du bloc sahélien : influencer les États pivots
La stratégie ne se limiterait plus aux pays déjà engagés dans une rupture avec les puissances occidentales.
Des États encore situés dans des équilibres diplomatiques traditionnels sont désormais concernés.
Au Sénégal, l’intérêt porté aux dynamiques politiques post-électorales suggère une volonté de peser sur l’orientation stratégique future du pays.
En Côte d’Ivoire, les documents évoquent un soutien possible à certaines forces d’opposition.
En Guinée, l’accent serait mis sur les campagnes narratives visant à rapprocher le pays des dynamiques souverainistes régionales.
La logique est nouvelle : agir en amont des basculements.

Afrique centrale : structurer les régimes
La République centrafricaine apparaît comme un laboratoire de cette nouvelle approche.
Là où Wagner offrait un soutien sécuritaire, la stratégie actuelle viserait à :
• encadrer les influences étrangères
• structurer le paysage politique
• renforcer l’autonomie décisionnelle
Au Tchad, les documents mentionnent des tentatives d’alignement diplomatique dans un contexte de recomposition interne.
Afrique australe : bataille d’influence économique
Dans le sud du continent, la rivalité se joue aussi sur les infrastructures.
En Angola, certains projets logistiques soutenus par des partenaires occidentaux seraient perçus comme des enjeux stratégiques.
En Afrique du Sud, l’accent serait mis sur le renforcement de dynamiques politiques favorables à un repositionnement dans les équilibres globaux.
En Namibie, l’influence pourrait passer par le soutien indirect à certaines trajectoires politiques.

Afrique du Nord : levier énergétique
En Libye, la compétition ne serait plus seulement militaire.
Elle toucherait :
• l’énergie
• les flux
• les équilibres régionaux
L’objectif : limiter l’influence occidentale et contenir celle de la Turquie, devenue un acteur majeur sur le continent.
Une mutation stratégique
Ce que révèlent ces documents, c’est un changement de méthode.
Hier :
- présence sécuritaire
- accords transactionnels
- influence indirecte
Aujourd’hui :
- travail sur les opinions
- Influence sur les élites
- impact sur les trajectoires politiques
La logique n’est plus seulement de soutenir des gouvernements.
Elle serait désormais de peser sur les systèmes.
L’Afrique au centre du basculement
L’Afrique n’apparaît plus comme un théâtre secondaire des rivalités internationales.
Elle devient :
• un espace de recomposition géopolitique
• un laboratoire de nouvelles alliances
• un terrain de compétition narrative
La disparition de Wagner n’a pas signifié un retrait.
Elle pourrait marquer le passage à une influence plus structurée… et potentiellement plus durable.
