Les 17 Mauritaniens arrêtés à Kati le 3 août, ainsi que les trois Maliens qui les accompagnaient, viennent d’être libérés.
Lundi 10 août 2026
Les 17 ressortissants mauritaniens, parmi lesquels une femme, arrêtés le 3 août 2026 à Kati, ainsi que les trois ressortissants maliens qui les accompagnaient — le chauffeur, son apprenti et une dame — ont été finalement libérés, comme cela était attendu et tant espéré.
Ce groupe avait été présenté, une première fois, jeudi 6 août 2026, devant le procureur de la République en charge du Pôle judiciaire spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée. C’était, au lendemain de la libération du premier groupe de 18 ressortissants mauritaniens.
Selon les informations qui nous parviennent, les personnes qui viennent d’être libérées auraient, elles aussi, été conduites au Camp I de la gendarmerie à Bamako dans un état physique et psychologique déplorable.
Comme cela avait déjà été rapporté concernant le premier groupe, elles auraient été remises à la police de Kati , en petite tenue , mains liées et pieds joints, après leur détention.
À leur arrivée au Camp I de la gendarmerie, elles ont, comme les membres du premier groupe, été prises en charge par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Celui-ci leur a notamment prodigué les premiers soins nécessaires et leur a fourni des vêtements afin qu’elles puissent retrouver des conditions minimales de dignité après leur détention.
Des kaftans maliens, des sous-vêtements, des pantalons ainsi que des chaussures leur ont notamment été remis.
Grâce à cette prise en charge, les personnes concernées ont également pu se laver et recevoir des repas chauds pendant toute la durée de leur séjour au Camp I de la gendarmerie.
Cette assistance revêt une importance particulière au regard de l’état dans lequel les détenus auraient été remis aux autorités chargées de leur prise en charge. Elle leur a permis de retrouver un peu de leur dignité et de leur intégrité, après plusieurs jours d’une détention avilissante.
Un bémol, cependant, concernant deux membres du premier groupe de 18 Mauritaniens libérés le 5 août. Malgré la libération de leurs compagnons, ils sont toujours retenus à l’infirmerie du Camp I de la gendarmerie et demeurent pris en charge par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Le premier est un homme âgé de plus de 70 ans. Selon les témoignages recueillis, il aurait été particulièrement maltraité et torturé alors qu’il répétait inlassablement sa profession de foi musulmane, la Chahada : « Il n’y a de divinité qu’Allah », qu’il aurait continué à réciter pendant les sévices.
Le second est un jeune homme ayant subi de graves traumatismes aux doigts. Selon les informations recueillies, ses doigts auraient été forcés en hyperextension, retournés violemment vers le dos de la main, provoquant notamment des fractures au niveau des phalanges.
Plusieurs jours après la libération de leurs camarades d’infortune, ces deux hommes, rescapés de leur groupe, ne sont toujours pas en mesure de rejoindre leurs compatriotes et demeurent à l’infirmerie du Camp I sous prise en charge du CICR.
Leur maintien prolongé à l’infirmerie, alors que les autres personnes ont pu quitter le Camp I, suscite nécessairement de sérieuses inquiétudes quant à leur état de santé. Sans préjuger d’un diagnostic médical qui relève de la compétence exclusive des professionnels qui les prennent en charge, le fait qu’ils aient encore besoin de soins , plusieurs jours après la libération de leurs compagnons, souligne la gravité potentielle des séquelles physiques et psychologiques, résultant des traitements qu’ils auraient subis.
Ainsi, si la libération des autres ressortissants procure un immense soulagement, le dossier ne peut être considéré comme clos, ni l’incident, tant que deux des otages demeurent hospitalisés. Le chapitre restera ouvert aussi longtemps que toute la lumière n’aura pas été faite sur les circonstances et les responsabilités relatives aux mauvais traitements et actes de torture qu’ils disent avoir subis pendant leur détention.
Les dispositions administratives et logistiques sont actuellement en cours pour organiser leur transfert du Camp I de la gendarmerie vers l’ambassade de Mauritanie à Bamako, où les autorités mauritaniennes pourront désormais assurer directement leur prise en charge.
Cette libération met ainsi fin à plusieurs jours d’incertitude concernant ce second groupe. Elle intervient après celle, le 5 août 2026, d’un premier groupe de 18 Mauritaniens.
La libération des prisonniers ne referme pas pour autant les blessures ni ne balaye les interrogations sur les conditions exactes de leur arrestation et de leur détention, ainsi que sur les traitements qu’ils affirment avoir subis avant leur remise aux services de police, puis leur transfert au Camp I de la gendarmerie.
La fin d’un long calvaire constitue un soulagement pour les familles et pour leurs proches. Mais l’état physique et psychologique dans lequel certains auraient été retrouvés commande d’établir la vérité sur toute cette affaire et surtout de rendre justice aux victimes, persécutées, spoliées, et stigmatisées.
Samir Moussa
