L’Union africaine (UA) franchit un cap symbolique et stratégique. Réunie lors de sa 39e session ordinaire, l’Assemblée a adopté une décision visant à corriger la représentation du continent dans la cartographie mondiale, les systèmes éducatifs et les médias. L’objectif est de mettre fin à des distorsions historiques et d’imposer une image plus fidèle de l’Afrique.
Au cœur de cette initiative figure la promotion de la projection « Equal Earth », jugée plus précise, en remplacement des modèles traditionnels comme la projection de Mercator. Cette dernière, largement utilisée, est accusée de réduire visuellement la taille des régions proches de l’équateur, notamment l’Afrique, pourtant deuxième plus grand continent avec environ 30,37 millions de km².
Pour l’UA, ces déformations ne sont pas neutres. Elles ont influencé « les perceptions mondiales, la planification des infrastructures, la gouvernance environnementale et l’analyse géopolitique ». L’organisation estime ainsi que corriger les cartes revient aussi à corriger les représentations mentales et les rapports de pouvoir.
Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, souligne l’enjeu : « Nous avons besoin d’une nouvelle carte politique de l’Afrique qui montre sa véritable taille et sa place dans le monde ».
La décision adoptée appelle les États membres à réviser leurs programmes éducatifs et à intégrer des représentations plus justes. Elle s’inscrit dans la continuité du thème 2025 de l’UA, axé sur la justice pour les Africains, ainsi que dans les ambitions de l’Agenda 2063.
Au-delà de l’aspect technique, l’initiative porte une dimension politique et culturelle. Pour Moky Makura, directrice exécutive d’Africa No Filter, « une représentation précise ne se résume pas seulement à des cartes, mais aussi à l’agence et à la manière dont le monde perçoit l’Afrique ».
À travers cette décision, l’Union africaine entend affirmer une ambition claire : repositionner le continent comme un acteur central, visible et pleinement reconnu dans l’ordre mondial.
