L’enseignement supérieur privé au Sénégal a connu une croissance exponentielle ces dernières années, offrant une multitude de filières adaptées aux besoins du marché du travail. Pour assurer la pertinence de ces formations, les instituts privés font massivement appel à des professionnels en activité (ingénieurs, auditeurs, experts en communication et autres spécialistes) pour dispenser les cours. Si cette démarche est louable et permet de rapprocher le monde académique et le monde de l’entreprise, elle soulève un défi majeur qui hypothèque la qualité de notre système éducatif : le déficit de compétences pédagogiques de ces intervenants.
L’illusion de l’expert-enseignant
Il est fréquent de confondre l’expertise technique avec la capacité à transmettre cette expertise. Un professionnel brillant dans son domaine d’activité n’est pas d’office un bon enseignant. La pédagogie, la didactique, la gestion de classe et l’évaluation des acquis sont des sciences qui s’apprennent.
Aujourd’hui, dans de nombreuses écoles privées de la place, des professionnels se retrouvent parachutés devant des amphithéâtres ou des salles de classe sans aucune préparation à la transmission du savoir. Les conséquences de cette lacune sont multiples :
• Des cours magistraux inadaptés qui peinent à capter l’attention des étudiants.
• Une difficulté à vulgariser des concepts techniques complexes.
• Une évaluation souvent biaisée, axée sur le mimétisme plutôt que sur la compréhension profonde.
• Un taux de décrochage ou d’échec qui ne reflète pas le potentiel réel des apprenants, mais plutôt un problème de communication pédagogique.
Capitaliser sur l’expertise de la FASTEF
Le paradoxe sénégalais réside dans le fait que nous disposons déjà des structures adéquates pour pallier ce problème. La Faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation (FASTEF) est une institution d’excellence reconnue, dont la mission première est de former les enseignants et les inspecteurs de l’éducation. L’expertise en andragogie (la pédagogie pour adultes) et en méthodes d’apprentissage existe localement, mais elle est insuffisamment sollicitée par le secteur privé de l’enseignement supérieur.
Une proposition concrète au Ministère de l’Enseignement Supérieur
Pour garantir la compétitivité de nos diplômés et assainir la qualité de la formation dans le privé, l’État se doit de réguler le profil des intervenants. Nous proposons au Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) d’instaurer une réforme exigeant une certification pédagogique obligatoire pour tout professionnel désireux d’enseigner dans le supérieur.
Cette initiative pourrait s’articuler autour des axes suivants :
1. Une formation diplômante d’un an minimum : Centrée sur l’ingénierie pédagogique, la didactique des disciplines et la psychologie de l’apprentissage.
2. Un partenariat stratégique avec la FASTEF : L’institution pourrait développer des certificats de spécialisation en horaires aménagés (cours du soir ou week-end) ou en format hybride (en ligne et présentiel), spécialement conçus pour les professionnels en activité.
3. L’octroi d’un agrément d’enseignement : Le droit d’enseigner dans un institut privé (ou public) serait conditionné par l’obtention de ce certificat, garantissant ainsi que l’intervenant possède non seulement le savoir, mais aussi le savoir-faire pour le transmettre.
Conclusion
L’avenir du Sénégal repose sur une jeunesse bien formée, capable de relever les défis de demain. Valoriser nos professionnels en leur donnant les outils pédagogiques nécessaires, c’est investir directement dans la réussite de nos étudiants. Enseigner est un métier noble et exigeant ; il est grand temps de lui redonner ses lettres de noblesse dans l’ensemble de notre écosystème d’enseignement supérieur.
AMETH
