Le Mali traverse une séquence décisive de sa crise sécuritaire. L’attaque coordonnée menée ce dimanche par des combattants de l’Azawad et du JNIM ne constitue pas seulement une offensive spectaculaire. Elle met en lumière un fait majeur : le retrait forcé d’Africa Corps de Kidal, présenté par les rebelles comme le résultat d’un accord imposé par le rapport de force sur le terrain.
Pendant plusieurs heures, des actions simultanées ont visé des positions sensibles dans plusieurs zones du pays. Par leur synchronisation, ces attaques démontrent une montée en puissance des groupes armés, capables de frapper au même moment, sur plusieurs fronts, avec un impact politique autant que militaire.
Mais au-delà des combats, c’est la question de Kidal qui concentre l’attention. Ville hautement symbolique, Kidal reste depuis des années le cœur de la fracture malienne. Son contrôle dépasse l’enjeu territorial : il touche à l’autorité de l’État, à la cohésion nationale et à la capacité du pouvoir central à imposer sa présence sur l’ensemble du territoire.
Dans ce contexte, le départ d’Africa Corps prend une dimension particulière. Présents comme alliés stratégiques des autorités maliennes, les combattants russes devaient incarner la reconquête et le retour à la souveraineté sécuritaire. Or, leur retrait de Kidal,ressemble moins à un choix tactique qu’à une conséquence directe de la pression exercée par l’offensive rebelle.
Autrement dit, ce qui était présenté comme un pilier du redressement militaire apparaît aujourd’hui confronté à ses propres limites. Car reprendre des positions est une chose ; les sécuriser durablement en est une autre.
L’alliance ponctuelle entre les mouvements de l’Azawad et le JNIM renforce encore cette réalité. Malgré des objectifs différents, ces groupes ont démontré qu’ils pouvaient coordonner leurs actions pour fragiliser l’appareil sécuritaire malien et contester ses soutiens extérieurs.
Cette séquence pose une question de fond : la réponse militaire, même appuyée par des partenaires étrangers, peut-elle suffire à stabiliser durablement le Mali ? Les événements de ce dimanche suggèrent le contraire. Sans solution politique, sans développement local, sans présence effective de l’État et sans réconciliation nationale, les victoires militaires resteront temporaires.
Le Mali entre ainsi dans une nouvelle phase de sa crise : plus complexe, plus incertaine et plus dangereuse. L’attaque coordonnée de ce dimanche n’est pas seulement un coup de force rebelle. Elle est aussi le révélateur d’un équilibre qui vacille.
Mamadou Cissé
