Au Sénégal, un glissement préoccupant s’installe dans le débat public : la tentation de ramener la République à une seule personne. Certains discours et prises de position donnent l’impression que l’État devrait désormais graviter autour du Premier ministre, comme si les institutions devaient s’effacer devant une figure politique, aussi populaire soit-elle.
Cette logique est dangereuse.
Le Sénégal est une République. Et dans une République, les règles sont claires : le président de la République est le seul détenteur du pouvoir de nomination aux fonctions civiles et militaires. Ce pouvoir ne relève ni d’un courant politique, ni d’une pression populaire, ni d’une proximité personnelle. Il découle directement de la Constitution.
Le président nomme qui il veut. Il limoge qui il veut. Et surtout, il le fait en fonction de critères qui engagent la responsabilité de l’État : compétences, formation, loyauté institutionnelle et exigences de bonne gouvernance.
Dès lors, critiquer systématiquement chaque décision au motif qu’elle ne correspond pas à une logique d’alignement politique ou d’appartenance à un camp est une erreur. Pire, c’est une remise en cause implicite de l’autorité républicaine.
L’exemple récent concernant Ousmane Cissé illustre parfaitement cette contradiction. Certains dénoncent son limogeage avec virulence. Mais une question simple mérite d’être posée : si demain le président décidait de le nommer ministre de la Santé, ces mêmes voix crieraient-elles encore à l’injustice ?
On ne peut pas applaudir ou condamner une décision uniquement en fonction de ses préférences politiques.
Gouverner, ce n’est pas plaire. C’est décider.
Et ces décisions reposent souvent sur des informations que le grand public ne possède pas. Le président agit avec des éléments issus du renseignement, de rapports internes, d’évaluations que l’opinion ne maîtrise pas. Prétendre juger toutes ses décisions sans accès à ces données revient à commenter une réalité incomplète.
L’histoire politique, au Sénégal comme ailleurs, est d’ailleurs riche d’exemples de présidents ayant limogé leurs propres alliés, parfois même leurs amis, dès lors que les exigences de transparence et de bonne gestion n’étaient plus respectées.
C’est cela, la responsabilité d’État.
Ce n’est donc ni la proximité avec une figure politique, ni l’appartenance à un camp, qui doivent dicter les nominations ou les limogeages. Sinon, ce n’est plus une République. C’est une personnalisation du pouvoir.
Et cette dérive doit être fermement rejetée.
Le Sénégal ne peut pas être “factorisé” autour d’un individu, quel qu’il soit. Il doit rester structuré autour de ses institutions. Respecter les décisions du président, ce n’est pas renoncer à l’esprit critique. C’est reconnaître le cadre constitutionnel dans lequel fonctionne notre démocratie.
En définitive, une nation forte n’est pas celle qui suit des hommes, mais celle qui respecte ses règles.
Respect à notre République !!!!!
Ibrahima Diop Président Mouvement JAMMI Sénégal
