Ces derniers mois, sous le magistère de juntes mégalomanes , mythomanes et pyromanes, à travers des discours officiels pompeux l’on tente, désespérément, d’imposer un récit aux allures de fiction anesthésiante : la tempête jihadiste serait contenue à l’ouest du Niger, dans la région de Tillabéri.
L’illusion entretenue et véhiculée s’effondre aujourd’hui comme un château de cartes dans un amas de fracas.
Pendant que les autorités répètent à tue-tête que la situation est sous contrôle, la guerre avance , inexorablement, en franchissant les frontières régionales, en pénétrant les zones rurales, en éprouvant les lignes de défense de l’État.
Aujourd’hui, un nouveau front s’ouvre au cœur même du pays : la région de Tahoua.
Et ce qui s’y déroule n’a rien d’un simple incident sécuritaire.
C’est l’extension progressive d’une insurrection armée qui gangrène irrémédiablement le territoire national.
Tahoua : quand le feu dévaste le centre du pays.
La région de Tahoua est en train de devenir l’un des nouveaux épicentres de la guerre jihadiste au Niger.
Les groupes affiliés à l’État islamique au Sahel (ISSP/EIGS) et à Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) y multiplient les opérations, profitant des frontières poreuses avec le Nigéria, le Mali et le Burkina Faso.
La mécanique est toujours la même, froide et imparable :
• Embuscades contre les colonnes militaires
• Sabotages d’infrastructures stratégiques
• Attaques contre des bases militaires
• Infiltration progressive des zones rurales
Chaque attaque est un défi lancé à l’État et un test de résistance pour lui.
Chaque incursion révèle une réalité de plus en plus difficile à masquer : la guerre gagne du terrain, redouble d’ardeur et d’intensité.
L’embuscade du 11 mars : le symbole d’une armée déconfite et exsangue
Le 11 mars 2026, une colonne de l’armée nigérienne est tombée dans une embuscade meurtrière entre Yaya et Konni, près du village de Bagga.
L’attaque, attribuée à l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), s’est soldée par un lourd bilan
• 12 soldats nigériens tués
• 1 civil mort
• 7 soldats portés disparus
• Plusieurs blessés graves
L’unité ciblée appartenait au 42e BIA et au BSR de Tahoua.
Elle avait été envoyée en renfort après le sabotage d’un pipeline. Les groupes jihadistes dictent les règles qui consitent à provoquer une intervention pour attirer les renforts avant de frapper.
Le convoi, composé de sept véhicules, est tombé dans une embuscade complexe, coordonnée et minutieusement préparée.
En d’autres termes : les assaillants maîtrisaient parfaitement le terrain.
Une armée fragilisée de l’intérieur
Derrière cette nouvelle tragédie militaire , se profile un malaise plus profond.
Plusieurs sources concordantes au sein des unités, mettent en cause le commandant de zone (COMZONE) de Tahoua, accusé d’avoir engagé une colonne , sans les précautions tactiques élémentaires imposées par un environnement opérationnel pourtant bien documenté.
Une accusation encore plus explosive circule dans les casernes, à savoir le détournement présumé des indemnités journalières de mission.
Les soldats engagés sur le terrain ne percevraient que 800 FCFA par jour, alors que le montant débloqué est de 1 200 FCFA.
Autrement dit : 400 FCFA sont subtilisés chaque jour à chaque soldat.
Une somme qui peut sembler dérisoire sur le papier, mais qui devient colossale lorsqu’elle est multipliée par les effectifs et si l’on tient compte aussi de la durée des déploiements.
Lorsque certains soldats ont osé réclamer leur dû, ils auraient été menacés de mutations disciplinaires.
Le résultat est un poison lent mais destructeur : la perte de confiance dans la chaîne de commandement.
Une armée peut affronter un ennemi extérieur. Mais elle ne peut pas survivre longtemps à la défiance interne.
Tillabéri : l’épicentre du séisme
Pendant que Tahoua s’embrase, Tillabéri reste le ventre mou du séisme sécuritaire nigérien.
La zone des trois frontières, entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso, est aujourd’hui l’un des territoires les plus instables du Sahel.
Les groupes affiliés à l’État islamique et au JNIM y ont développé un système d’emprise territoriale :
• Taxation des populations
• Intimidation des villages
• Contrôle des axes
• Embuscades contre les forces armées
• Domination progressive des zones rurales
Dans certaines communes, la présence de l’État se limite désormais à quelques bâtiments administratifs protégés par des garnisons assiégées.
Dosso : le front qui avance vers le sud
La situation est encore plus inquiétante dans la région de Dosso.
Longtemps considérée comme relativement stable, elle est aujourd’hui en train de devenir un nouveau corridor stratégique pour les groupes jihadistes.
Profitant des frontières poreuses avec le Nigeria, le Bénin et le Burkina Faso, les groupes armés y ont étendu leurs opérations.
Entre 2024 et 2025, les incidents violents ont augmenté d’environ 90 %, provoquant plus de 1 000 morts.
Dosso est désormais utilisée comme :
• Corridor logistique
• Zone de transit pour les combattants
• Base d’opérations armées
Les attaques ciblent :
• Les forces de sécurité
• Les civils
• Les infrastructures économiques
La ligne de front descend désormais vers le sud.
Maradi : l’ombre de la guerre
La région de Maradi n’est pas encore un champ de bataille comparable à Tillabéri.
Mais les signes avant-coureurs se multiplient :
• Infiltrations de groupes armés
• Enlèvements ciblés
• Attaques ponctuelles
• Implantation progressive de réseaux jihadistes
Les villes restent sous contrôle officiel. Mais les zones rurales deviennent de plus en plus vulnérables.
Et l’histoire du Sahel nous a appris une chose :
les insurrections commencent toujours dans les marges.
Diffa : le retour du spectre de Boko Haram
À l’est du pays, la région de Diffa semblait sortir progressivement de la crise liée à Boko Haram.
Cet équilibre fragile est aujourd’hui en train de se fissurer.
Depuis le coup d’état les groupes armés reconstituent leurs réseaux.
Les infiltrations se multiplient dans l’ensemble du bassin du lac Tchad.
La zone de Nguigmi et les îles du lac est redevenue un sanctuaire majeur pour les groupes armés.
Les conséquences pour les populations sont dramatiques :
• Villages abandonnés
• Pêche paralysée
• Terres agricoles désertées
• Marchés vidés
Diffa pourrait redevenir le deuxième grand front jihadiste du Niger après Tillabéri.
Un pays qui se fragmente
Du bassin du lac Tchad aux frontières du Burkina Faso, du triangle des trois frontières jusqu’aux portes du Nigeria, la géographie de la violence s’étend ostensiblement.
Ce qui se dessine n’est plus simplement une crise sécuritaire.
C’est une fragmentation progressive du territoire national.
Et pendant que les généraux parlent de souveraineté dans la rhétorique officielle, les populations nigériennes vivent, elles, sous la loi silencieuse des fusils.
Dans les villages du Niger d’aujourd’hui, la question n’est plus de savoir qui gouverne à Niamey.
La question est devenue bien plus épineuse: qui est maître de la nuit et règne sur le territoire et en dispose de la carte et des clés.
Samir Moussa
