La tension géopolitique au Moyen-Orient secoue à nouveau les marchés pétroliers. Ce lundi 9 mars 2026, le prix du pétrole a franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril pour la première fois depuis près de quatre ans. À l’ouverture des marchés asiatiques, le Brent, référence mondiale pour une grande partie des transactions pétrolières, a atteint environ 111 dollars le baril, tandis que le WTI américain, coté à New York, évoluait à des niveaux comparables. En cours de séance, la hausse s’est poursuivie : vers 15 h 20 à New York, le WTI s’échangeait à 100,77 dollars, en progression de plus de 9 %, alors que le Brent dépassait de nouveau les 101 dollars à Londres.
Cette flambée est directement liée à l’escalade militaire entre Iran et une coalition menée par Israël et les États-Unis. Au cœur des inquiétudes figure la paralysie du détroit d’Ormuz, un passage stratégique reliant le Golfe persique aux marchés mondiaux. Environ 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers y transitent chaque jour, soit près d’un cinquième de la consommation mondiale.
En temps normal, les pétroliers quittent les ports de Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Koweït ou encore de Irak pour emprunter ce corridor maritime avant d’atteindre l’Asie, l’Europe ou l’Amérique. Mais depuis le début des hostilités, la navigation commerciale y est largement perturbée en raison des menaces militaires.
La crise commence désormais à peser sur la production régionale. Plusieurs grands producteurs ont réduit ou suspendu une partie de leurs activités depuis la fin février. Les installations de stockage se remplissent rapidement, faute de pouvoir expédier le pétrole vers les marchés internationaux.
Parallèlement, les infrastructures énergétiques deviennent des cibles potentielles. Des frappes israéliennes auraient visé des installations pétrolières en Iran, tandis que Téhéran menace de s’en prendre aux sites énergétiques des monarchies du Golfe. L’Arabie saoudite affirme notamment avoir intercepté plusieurs drones visant le gisement de Shayba.
Pour les marchés, la nature du risque évolue. Les opérateurs redoutaient initialement des retards logistiques et une hausse des coûts de transport maritime. Désormais, la perspective d’une baisse réelle de la production régionale inquiète les investisseurs. Selon l’analyste Anas Alhajji du cabinet GlobalData, même en cas de désescalade rapide, « il faudrait au moins deux semaines pour rétablir la circulation des navires dans le Golfe et environ deux mois pour ramener la production à son niveau d’avant la guerre ».
Face à cette situation, les grandes économies envisagent d’utiliser leurs réserves stratégiques. Les ministres des Finances du G7 examinent l’hypothèse d’une libération coordonnée de stocks d’urgence afin de stabiliser les marchés. D’après l’Agence internationale de l’énergie, les pays de l’OCDE disposaient de plus de quatre milliards de barils de pétrole en réserve à la fin de 2025.
Le franchissement du seuil des 100 dollars n’est toutefois pas inédit. En 2008, le Brent avait culminé à près de 147 dollars le baril, avant une nouvelle poussée au-dessus de ce niveau en 2011 lors du Printemps arabe. Plus récemment, les prix avaient frôlé les 140 dollars en mars 2022, dans le sillage de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. La crise actuelle ravive ainsi les craintes d’un nouveau choc pétrolier mondial.
